Chronique d’une mort annoncé – Gabriel García Márquez

 » Les frères Vicario ont annoncé leur intention meurtrière à tous ceux qu’ils ont rencontrés, la rumeur alertant finalement le village entier, à l’exception de Santiago Nasar. Et pourtant, à l’aube, ce matin-là, Santiago Nasar sera poignardé devant sa porte. Pourquoi le crime n`a-t-il pu être évité ? Les uns n’ont rien fait, croyant à une simple fanfaronnade d’ivrognes ; d’autres ont tenté d’agir, mais un enchevêtrement complexe de contretemps et d’imprévus – souvent joyeusement burlesques -, et aussi l’ingénuité ou la rancœur et les sentiments contradictoires d’une population vivant en vase clos dans son isolement tropical, ont permis et même facilité la volonté aveugle du destin. »

Le livre de poche, 116 pages, 5.10 euros

Je voulais lire 100 ans de solitude depuis très longtemps mais on m’avait dit qu’il était assez difficile à lire, qu’on avait du mal à rentrer dans l’histoire. Ainsi quand j’ai vu ce petit livre en seconde main je me suis dis que c’était l’occasion de découvrir la plume de Gabriel Gracia Marquez. De plus le résumé me tentait énormément. Je peux vous dire que je n’ai pas été déçue.

On va commencer par le style de l’auteur : sans aucun défaut. On suit le récit à travers un narrateur interne, à la première personne du singulier. Il revient sur les événements ayant trait à ce meurtre, plusieurs années plus tard, à travers les témoignages des villageois, lui même n’ayant plus beaucoup de souvenirs de l’évènement suite au traumatisme de la mort de son ami, Santiago Nasar. L’écriture est très agréable à lire bien que la lecture soit un peu dense. En effet, on nous présente beaucoup de personnages dès le début, alors si vous ne suivez pas au niveau de leurs noms vous aurez sûrement du mal à vous en sortir ensuite. Toutefois ce livre est un véritable page turner.

Le narrateur fait de nombreux sauts temporels, des ellipses et toutes ces figures de style très jolies mais qui ont rapidement tendance à perdre le lecteur. J’ai trouvé qu’on comprenait toujours très bien où on était dans la temporalité du récit.

Passons maintenant au fond : encore mieux maitrisé que la forme. J’ai profondément aimé découvrir ce village, ses habitants et ses mœurs. L’auteur ne fait pourtant presque aucune description de lieux, il ne parle presque que de leurs actes mais je me suis retrouvé plonger dans ce petit village des Caraïbes. En ce qui concerne les mœurs, la condition de la femme m’a beaucoup marqué. Évidemment on se doute que les mœurs dans les petits villages des caraïbes dans les années 80 sont conservatrices mais à ce point ! L’auteur en fait malgré tout une critique humoristique et salutaire. Je vous laisse ici deux extraits qui m’ont interpellés.

 

Elles sont parfaites, me disait-elle souvent. Elles rendront heureux un homme quel qu’il soit, car elles ont été élevées pour savoir souffrir.

 

L’argument sans appel des parents fut qu’une famille dont la modestie constituait la dignité n’avait pas le droit de mépriser cette récompense du destin. Angela Vicario osa à peine insinuer que l’absence d’amour était un inconvénient. Sa mère en une seule phrase pulvérisa l’argument :  » L’amour aussi, ça s’apprend ! « 

 

Le thème principal de ce roman est la fatalité. J’aime beaucoup ce thème mais je pense que beaucoup en ont été un peu dégouté à cause des cours de français, où on avait le droit à la fatalité à toutes les sauces, parfois de manière assez alambiqué :  » alors si l’auteur à utilisé ce pronom, et cet adjectif à la page 143, ligne 60 c’est pour démontrer toute la fatalité du récit » alors que l’auteur est train de parler de fleurs des champs. J’exagère un peu mais c’est parfois l’impression que j’ai eu. Ici ce n’est pas du tout le cas. Le message est limpide, annoncé mais il n’est pas grossier, et on ne nous sert pas de la philosophie de comptoir. J’y ai personnellement vu quelque chose de plus moderne, lorsqu’on entend parler d’une agression dans une rame de métro bondée mais que personne n’a rien fait. Plus il y a de personnes au courant, moins les gens ont tendance à agir. Il en est de même dans ce roman. Entre les quiproquo, les lâches, les maladresses, les naïfs, les complices, personne n’agit de manière significative pour sauver Santiago.

Un autre point que j’ai beaucoup aimé : les personnages. Ils sont très nuancés. Je n’aime pas les personnages manichéens, trop lisses. Ils ne sont ni odieux, ni adorables, ils sont humains.

Pour finir j’aimerais dire que cette histoire m’a tenue en haleine, je l’ai lue d’une traite. Pourtant dès les premières lignes, on connait la fin mais qu’importe on veut savoir comment. A la fin il reste des zones d’ombres, des questionnements. Je trouve que ça rend l’histoire encore plus humaine et réaliste. C’est le mot d’ordre de ce roman : humaine.

– Carla BlackCat

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